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dimanche 31 janvier 2010

PAYSAGE D'HIVER - Kristall & Isa (Kunsthall / Cold Dimensions)

 

Quand j'ai découvert la musique de Paysage d'Hiver il y a 2-3 ans, je me suis dit : ça y est... le voilà le groupe de Black Metal le plus génial, le plus froid, le plus hypnotique, le plus "raw", le plus "culte"... bref LE groupe de Black Ultime (avec un grand U)... Un mec qui, sous le doux sobriquet de Wintherr, enregistre seul ses cassettes mystérieuses dans ses montagnes suisses glacées et qui par se faire, réinvente le True Black pour en faire quelque chose de résolument unique et magique, complètement propre à lui... Ma plus grosse baffe en matière de Black depuis mes premières amourettes dans le créneau (Burzum, quand tu nous tiens !). Malheureusement, à l'époque, je devais me contenter de vulgaires mp3s, vu la rareté des dites cassettes, éditées au compte-goute. Heureusement pour notre camarade misanthrope et donc pour nous, la quasi-reconnaissance (ça reste quand même plutôt underground) est venue avec l'entité Darkspace (autre groupuscule culte, œuvrant cette fois dans le Black interstellaire ambiant) et donc, la discographie complète de Paysage d'Hiver s'est vue gratifiée d'un passage au format CD et ce, de belle façon (magnifiques pochettes cartonnées, grandeur "boîte à DVD" pour respecter l'artwork originel des cassettes).


Sortie originellement en 2001, Kristall & Isa est le 6ème album du projet. C'est l'équivalent musical d'une ballade suspendue à travers une tempête de neige cosmique, magnifiquement irréelle, infiniment dense et violente. On flotte à travers ce froid, ce givre, ces flocons possédés par un vent rugissant... et on finit par se dire que personne d'autre n'existe, que la réalité n'est plus, que la planète Terre est un mythe, qu'il n'y a plus de monde extérieur à cette tempête magistrale. Il n'y a plus que la plainte d'un vent hostile crachant rafale sur rafale, l'onirisme de ces montagnes enneigées, la froideur de l'existence en ces lieux... Blasts crus qui "buzzent" jusqu'à en devenir des mantras incongrus, hurlements célestes, riffs narcotiques entrelacées dans la nuit des temps, batterie-hypnose, claviers à 40 degrés sous zéro qui tissent des passages ambiant aussi étranges que beaux... le tout porté par la magie croustillante et minimaliste du "lo-fi". Kristall & Isa est une autre réussite de Wintherr. Hypothermie musicale à l'état brut.


RICHARD SKELTON - Landings (Type)


-Janvier : Disque du mois-
 
L'engourdissement des matins brumeux... Ces jours flétris où l'hiver n'est que grisaille fantomatique... Ces matinées irréelles où le lever du corps s'avère difficile et où l'esprit, désincarné, voletant on ne sait où, n'intègre pas l'enveloppe corporelle. Ces jours-tombeaux où l'on se sent constamment hébété, la tête lourde, les pensées floues et vaporeuses, l'âme empreinte d'une inexplicable mélancolie... Comme si on était coincé à la frontière située entre deux mondes, l'un diurne et l'autre nocturne... l'un réel et l'autre chimérique... Vacillant sans cesse d'une dimension à l'autre... Errant dans notre Carnival of Souls personnel, jouant les figurants dans l'hypnotique Coeur de Verre de Herzog. Personnellement, j'adore me perdre dans ces moments tristes et beaux où l'on hante notre propre vie... où l'on se laisse porter par le long fleuve tranquille de l'existence et de l'inconscience.

Richard Skelton parvient à créer une bande-son parfaite pour accompagner ces moments contemplatifs. À travers une musique aussi splendide que nostalgique, mélangeant judicieusement l'ambient, le folk, le drone, le classique contemporain et quelques "field recordings", l'artiste britannique rend un vibrant hommage à sa femme, Louise, décédée en 2004. Ce qui ressort le plus de ce Landings ensorcelant, c'est un sentiment de tristesse résignée, le tout recouvert d'une ambiance spectrale, magnifique et bouleversante.


Dur de parler d'une musique qui n'est qu'émotion brute... Skelton, véritable peintre sonore empreint d'une sensibilité à fleur de peau, crée ici des toiles musicales abstraites qui invitent l'auditeur à un voyage intérieur des plus singuliers. À l'écoute attentive de Landings, on se perd dans des arpèges lancinants de guitare (souvent jouée à l'archet) qui flottent dans des nappes mélodiques diffuses, froides, minimales et tragiques... On se laisse percuter l'âme par ces cordes qui pleurent, suspendues dans un ailleurs incertain... par le chant épars d'une nature anglaise nordique qui s'intègre sublimement à travers l'œuvre... par ces bribes de mélodies distantes semblent provenir d'un passé lointain et assombri par des nuages opaques...

Richard Skelton nous livre ici un des disques les plus touchants et sincères d'une année 2010 qui ne fait que commencer. Un disque essentiel.

Vous pouvez écouter l'intégralité de l'album sur le site du label Type à l'adresse suivante :
http://typerecords.com/releases/landings